Haïti…1804
Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7,3 frappe l’ouest d’Haïti. Il est suivit d’une trentaine de secousses.
Cette île des grandes Antilles fut découverte par Christophe Colomb le 5 décembre 1492. Il la nomma Hispaniola.
Les peuples de culture Arawak, Caraïbes et Taïnos occupaient l’île avant l’arrivée des Espagnols. Leur nombre était estimé à la fin du xve siècle à 100 000.
Les Espagnols exploitèrent l’île pour son or. Les Amérindiens refusant de travailler dans les mines furent massacrés et réduits en esclavage ; les rares personnes, qui réussirent à s’échapper et trouvèrent refuge dans les montagnes, furent marginalisées et fortement paupérisées. Les maladies infectieuses arrivées avec les Européens firent des ravages ; les mauvais traitements, la dénutrition et la baisse de natalité firent le reste : la population indigène fut décimée en quelques décennies.
Les Espagnols furent alors amenés à faire venir d’Afrique des esclaves noirs déportés. Dès 1517, Charles Quint autorisa la traite des esclaves.
La partie ouest d’Hispaniola dépourvue de minerai fut vite négligée par les colons espagnols qui la laissèrent vide. Des boucaniers français s’y installèrent, malgré plusieurs expéditions militaires espagnoles. Au xviie siècle, sous l’autorité du cardinal de Richelieu, l’installation française s’institutionnalisa. L’île de la Tortue, au nord ouest d’Hispaniola, devient le siège de laflibuste.
Ces aventuriers gagnèrent peu à peu la “grande terre” : en 1654, ils créèrent la première ville de la future Saint Domingue : Petit-Goave.
Le premier gouverneur de la colonie fut Bertrand d’Ogeron, nommé en 1665. Sachant se faire accepter des flibustiers, il organisa la colonisation par la venue de français qui s’engageaient à travailler 3 ans avant de devenir propriétaires de terres (ils s’appelaient les “36 mois”). Il favorisa la plantation de tabac. Ainsi, il sédentarisa une population de boucaniers et de flibustiers peu portée à accepter l’autorité royale jusqu’aux années 1660. Bertrand d’Orgeron attira aussi des colons de Martinique et de Guadeloupe.
Mais en 1670-1690 intervint la crise du tabac et un grand nombre de places furent abandonnées. Les rangs de la flibuste grossirent, les pillages, comme ceux de Vera Cruz en 1683 ou de Campêche en 1686, devinrent nombreux et Jean-Baptiste Colbert, Ministre de la Marine, ramena l’ordre en prenant un grand nombre de mesures. Il transféra le gouvernement à Port-de-Paix en 1676. Il encouragea la création de plantations de l’indigo et de la canne à sucre. Le premier moulin à sucre fut créé en 1685. Enfin, il organisa l’esclavage en préparant le Code noir (qui fut promulgué en 1685, après sa mort).
L’ensemble donna l’essor économique à la colonie.
À la suite du traité de Ryswick de 1697 et à l’accession au trône d’Espagne d’un petit-fils de Louis XIV, les espagnols renoncèrent à contester la souveraineté de la France sur le tiers occidental de l’île.
La France officialisa le nom de Saint-Domingue, pour cette partie. C’est alors que vinrent de France de nombreux colons qui développèrent les plantations ou travaillèrent dans celles-ci. De 1713 à 1787, 30 000 français vinrent grossir le nombre des colons présents dans la partie ouest de l’île.
Les guerres éclatèrent en Europe et se prolongèrent sur les mers jusqu’aux Antilles et aux Caraïbes. En 1756, le commerce était paralysé. Un grand nombre de colons et leurs familles quittèrent Saint-Domingue pour la Louisiane, où ils s’installèrent dans des Postes établis par la France et administrés par des militaires.
Vers 1790, Saint-Domingue, était devenue la colonie française la plus riche de toute l’Amérique grâce aux profits immenses de l’industrie sucrière et de celle de l’indigo générés par le travail des esclaves. Des dizaines de milliers d’Africains avaient été amenés comme esclaves pour faire fonctionner ces industries. Leur sort était juridiquement encadré par le code noir, mais, dans les faits, ils subissaient des traitements souvent pires que ceux dudit code. Leur nombre (400 000) était dix fois plus élevé que celui des blancs.
La Révolution française entraîna de graves bouleversements sociaux dans les petites Antilles comme à Saint-Domingue. Le plus important fut la révolte des esclaves qui aboutit en 1793 à l’abolition de l’esclavage par les commissaires civils Sonthonax et Polverel, (décision avalisée et généralisée à l’ensemble des colonies françaises par la Convention six mois plus tard).
Le Noir Toussaint Louverture, nommé Gouverneur par la France, après avoir rétabli la paix, chassé les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie, rétablit la prospérité par des mesures audacieuses. Il alla cependant trop loin en promulguant une constitution autonomiste et Napoléon Bonaparte, sous l’influence des Créoles (Français – et Espagnols – nés sur l’une des îles des Antilles, plus tard en Louisiane aussi) et des négociants, envoya une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère le général Leclerc. Il avait pour mission de démettre Louverture et de rétablir l’esclavage. Mais, après quelques victoires, l’arrestation et la déportation de Toussaint Louverture, les troupes françaises commandées par Rochambeau finirent par être battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines.
Au terme d’une double bataille pour la liberté et l’indépendance, remportée par d’anciens esclaves sur les troupes de Napoléon Bonaparte, l’indépendance du pays fut proclamée le 1er janvier 1804. Le nom de Haïti fut donné au pays.
Haïti était devenu le premier pays au monde à rendre effective l’abolition de l’esclavage.
Dessalines se fit proclamer gouverneur à vie par ses troupes. Il fit exécuter les blancs restés sur l’île et gouverna en despote. Il fut assassiné le 17 octobre 1806. Le pays se partagea alors entre un royaume au nord, dirigé par Henri Christophe et une république au sud, dirigée par Alexandre Pétion.
Puis le président Jean Pierre Boyer fit réunifier ces deux parties et conquit la partie est de l’île.
Le 11 juillet 1825, le roi de France Charles X menaça de reconquérir l’île et envoya une flotte de 14 vaisseaux. Boyer dut signer un traité selon lequel la France ne reconnaissait l’indépendance du pays qu’en échange d’une indemnité de 150 millions de francs-or (la somme sera ramenée en 1838 à 90 millions de francs)
Une longue succession de coups d’État suivit le départ de Jean Pierre Boyer. Le pouvoir ne cessa d’être contesté par des factions de l’armée, les élites mulâtre et noire, et la classe marchande, maintenant composée de grand nombre d’étrangers (Allemands, Américains, Français et Anglais). Le pays s’appauvrit, peu de ses chefs d’État se préoccupant de son développement. Dès que le pouvoir se fragilisait, des révoltes armées se déclenchaient, entretenues par les candidats à la succession. Au début du xxe siècle, le pays était en état d’insurrection quasi-permanente.
Les États-Unis occupèrent l’île de 1915 à 1934.
Par la suite, de 1957 à 1986, les Duvalier régnèrent en dictateurs. Ils avaient mis en place le système de délation et d’escadrons de la mort dits Tonton Macoute. De nombreux haïtiens s’exilèrent, notamment aux États-Unis et au Québec.
L’ancien prêtre Jean-Bertrand Aristide remporta les élections de décembre 1990. Son mandat débuta le 7 février 1991, mais un coup d’État mené par Raoul Cédras et des militaires soutenus par la bourgeoisie d’affaires le renversa dès le mois de septembre. En 1994, il fut rétabli au pouvoir sous la pression de l’administration de Bill Clinton (qui menaça d’une intervention militaire) à la condition qu’il renonçât à récupérer les années perdues lors de l’intermède militaire. Il quitta alors la présidence en 1995 et fut réélu en 2000. Après plusieurs mois de manifestations populaires et de pressions exercées par la communauté internationale, plus particulièrement par la France et les États-Unis, Aristide fut emmené en exil par des militaires des États-Unis, le 29 février 2004, lorsque des forces armées constituées d’opposants et d’anciens militaires qui contrôlaient le nord du pays menaçaient de marcher sur la capitale Port-au-Prince.
Boniface Alexandre, président de la Cour de cassation, assura ensuite le pouvoir par intérim. En février 2006, suite à des élections marquées par des incertitudes sur le décompte des bulletins de vote, et grâce à l’appui de manifestations populaires, René Préval, proche d’Aristide et ancien président de la République d’Haïti entre 1995 et 2000, fut élu.
